La crise ! Déclaration liminaire en CAPD du 22 novembre 2011

Monsieur l’Inspecteur d’Académie,

La crise. Concept très tendance cet automne. Ce n’est pas de la crise financière que nous désirons vous entretenir en cette déclaration liminaire, Monsieur l’Inspecteur d’académie, mais ce sont d’autres formes de crises, celles qui touchent nos collègues. Des différentes définitions proposées par le dictionnaire, j’avoue hésiter entre la définition sociétale (période difficile traversée par un individu, par un groupe ou par une société dans son ensemble) et la définition médicale (aggravation soudaine d’une affection pathologique )… Car les enseignants nous décrivent des symptômes qui sont autant de preuves qu’ils souffrent non pas d’une crise, mais de plusieurs. Elles sont les suivantes :

1) Crise de la formation : Les M2 en alternance que nous rencontrons dans les écoles témoignent de leur violente immersion dans la réalité. Et le marathon qu’ils ont entamé il y a peu n’est pas près de s’achever. Du côté des collègues titulaires, les modules d’animations pédagogiques basés sur l’auto positionnement avaient plu, lors de leur lancement dans les circonscriptions pilotes. Il apparaît qu’aujourd’hui, des collègues dénoncent leurs modalités : travail en groupe, sans réel accompagnement par un expert, exigence de production d’outils, de mutualisation… la formule pêche dans certaines circonscriptions, le travail collaboratif a ses limites puisque de nombreux collègues sont en attente de réels apports théoriques et pratiques pointus. Pire, certains pointent des dérives. On nous signale ici ou là des remarques de la part de la hiérarchie locale, remarques du type « J’ai pris connaissance de votre présence sur la plateforme à 23h30 : vous devriez vous coucher plus tôt. » Sans commentaire.

2) Crise de foi ou crise des vocations : La baisse du nombre des candidats aux concours est avérée.  Pour ceux qui sont déjà entrés dans l’Education nationale, des questions nous sont adressées quant au moyen de changer de carrière. Ces questions, rares il y a 10 ans, sont aujourd’hui devenues le quotidien des élus que nous sommes : Comment durer dans ce métier ? Jusqu’à quel âge, et à quel prix ? Quels sont les possibilités d’être détaché ? Quelles sont les moyens de se reconvertir ? Les doutes sont légion, y compris chez les plus jeunes enseignants, qui imaginent rarement faire une carrière complète dans l’enseignement.

3) Crise de la paperasserie : Tous se plaignent avec véhémence, d’être hélas devenus, contraints et forcés, des gratte-papier. PPREou PAI en sont des exemples, mais le champion toutes catégories reste le fameux livret de compétences qui, est en l’état « un fastidieux pensum bureaucratique, un vrai antidote au plaisir d’enseigner » (j’emprunte cette formule musclée au n°126 du café pédagogique). Il est, en effet, établi à présent que, dans notre métier, rien ne peut exister sans être formalisé par écrit. Si les adjoints se plaignent d’être par là-même éloignés de l’essence de leur métier, que dire des directeurs pressurisés à l’extrême ? Les 47 heureux élus qui obtiendront peut-être une EVS administrative espèrent ne pas attirer les foudres des 840 directeurs défavorisés de notre département qui eux resteront leur seule et unique ressource.

4) Crise de la liberté de choix : qu’il s’agisse des animations pédagogiques ou de la formation continue, les collègues se plaignent d’être de plus en plus contraints à des animations obligatoires et à des stages à public désigné, de moins en moins conviés à des formations qu’ils pourraient choisir en fonction de leurs besoins, projets individuels ou d’équipe. Le SE-Unsa réitère que soit respecté le principe d’une formation continue au service des personnels, et non un dispositif technocratique répondant à des priorités ministérielles ou départementales. Bref, nous revendiquons que la formation continue trouve à nouveau du sens pour les personnels, qu’elle soit à leur service avant d’être au service de l’administration.

 

5) Crise de la reconnaissance : notation, promotions, accès à la hors classe… Les PE sont en  attente d’être considérés pour leur engagement quotidien. Nombreux sont ceux qui misent tout sur la note que leur donne leur IEN, cette note qui stigmatise bien des frustrations, puisque dans l’esprit du plus grand nombre, elle est le reflet de leur qualité professionnelle. Ils n’en peuvent plus de s’entendre dire à l’issue de leur inspection « Je ne peux rien faire pour vous », et certains collègues, lucides, négocieront de plus en plus nombreux un ajournement de l’inspection, jusqu’à ce que leur AGS permette enfin à leur note d’être augmentée. Mais tout cela est peut-être un combat d’arrière-garde, puisque le scandaleux projet de réforme de l’évaluation des enseignants paupérisera la profession et la soumettra davantage au bon-vouloir hiérarchique. Au sein de la mobilisation intersyndicale, le SE-Unsa s’opposera de toutes ses forces à ce projet inacceptable.

A l’échelle locale, que dire aussi de certaines malheureuses pratiques gestionnaires ? Après le recouvrement de l’indu lié à l’indemnité de résidence trop perçue de juin 2011, la prime ZEP non perçue en septembre par certains personnels a fait scandale. En l’absence de la moindre explication du service gestionnaire, les collègues ont vécu cela comme une provocation. A l’échelle nationale,  l’annonce de la journée de carence du congé maladie des fonctionnaires prouve à elle seule la défiance manifeste de l’Etat à l’égard de ses agents.

Monsieur l’Inspecteur d’Académie, vous aurez peut-être saisi la tonalité d’alerte de notre liminaire ; nous voulons témoigner ici du malaise réel, pesant et insidieux éprouvé par nos collègues. Ils ont besoin d’espoir en des lendemains meilleurs, car de leur moral dépendra incontestablement la santé du service public d’éducation. Car pour le SE-Unsa, c’est bien le moral des collègues sur le terrain qui doit constituer le fondement de toute DRH…