Sacro-sainte laïcité à l’alsacienne !

La question de ce que nous sommes censés enseigner lors de l’heure du « complément d’enseignement moral » se pose depuis l’apparition, dans les programmes nationaux, de l’EMC.

L’Enseignement Moral et Civique a un programme plutôt bien détaillé qui, nous semblait-il, avait un certain nombre de problématiques communes avec ce que nous faisions déjà pendant l’heure de morale. On nous a dit pourtant, en hauts lieux, que la morale était un approfondissement de l’EMC… Mais même lorsque l’on lit attentivement la note publiée le 20 juin 2007 par l’inspection académique dont l’extrait ci-dessous en italique est tiré, on se rend compte qu’il est compliqué de bien établir les limites de l’un par rapport à l’autre :

« Le cours de morale vise à favoriser l’émergence de certains comportements, mais aussi de certaines attitudes et aptitudes chez l’élève ; parmi celles-ci, on visera la disponibilité à l’étonnement, à la curiosité. L’élève sera conduit à ne pas accepter l’évidence « parce qu’elle est là », à interroger les situations, à ne pas confondre opinion et vérité… On développera autant l’aptitude à envisager le point de vue d’autrui que la capacité à se décentrer. L’enfant sera aidé à réfléchir, c’est-à-dire nommer les choses, argumenter, défendre sa position, se questionner, douter, rechercher… Rendre l’enfant fier de ses choix, capable de les assumer, tout en étant en capacité de prendre en compte l’opinion des autres, constitue la finalité de cet enseignement. »

Ainsi, les élèves qui sont en cours de religion ne sont pas censés profiter de cet apport ou n’ont pas la possibilité de partager leur vision du monde avec les autres. La confrontation s’enrichit de la multitude ; maintenir ce clivage empêche une mixité des esprits qui est la plus grande barrière contre l’ignorance et la xénophobie. Les évènements de novembre 2015 montrent que l’on a plus besoin d’unité que de séparer les enfants suivant leurs confessions religieuses.

A l’heure où un programme national plutôt clair vient enfin proposer des directives en matière d’enseignement moral et civique, on aurait pu espérer que les législateurs aient le courage de déplacer notre heure de religion en dehors des 24 heures d’enseignement obligatoire. Tous les élèves alsaciens bénéficieraient des mêmes heures d’enseignement (on omettra l’enseignement des langues étrangères qui, en Alsace, est augmenté d’1h30 par rapport au reste du territoire…). Il ne s’agit pas d’empêcher les familles qui le souhaitent de faire suivre à leur enfant l’enseignement religieux – que cet enseignement soit catholique, protestant, israélite, musulman voire œcuménique – mais que cela soit fait en-dehors du temps scolaire. La charte de la laïcité existe, il est actuellement difficile de s’appuyer sur elle, en Alsace, sans s’enfoncer dans un océan d’incohérence.